Archive for mai, 2013


5194461-isole-du-ballon-de-footballCONCATENATION


« Luigi ! Oh..Luigi ! Tu viens ? »
L’écharpe bleue de la Squaddra Azzura sur l’épaule, Guido appelait
en vain depuis un
quart d’heure son pote de la tribune Est.
« Ma parole, il dort, pestait le petit gars…ce n’est pas vraiment le moment de traîner ! »
Il faut dire que les soirs de match de coupe d’Europe la foule convergeait très tôt vers
le stade et malgré les billets négociés au prix fort, ils risquaient de se retrouver repoussés derrière. Et pour Guido, c’était impensable!
Il voulait sentir l’odeur du gazon fraîchement tondu, toucher des yeux les maillots ,
lire les numéros et observer les visages de ces hommes magnifiques.
Eh oui… ces hommes, les rois de la défense sur un terrain de football;
« Oh Luigi !!! Presto… » l’autre descendait à peine vêtu, les yeux gonflés, l’air d’un gars qui n’a pas envie qu’on le chahute .
– Mamma mia, on va rater « il cadenacio », le cadenas, allez, on bouge!
– Tout ça pour ce con de cadenacio ? rugit l’autre…
– Ma, comment tu parles Luigi de la Squaddra Azzura ? s’insurgea Guido,
Bonsoir Signora Angelina !
– Buona sera Guido, répondit la concierge qui commençait à rabattre ses volets.
Puis ils filèrent sur la Vespa de Luigi, évitant tant bien que mal les gamins attirés
par la fraîcheur du soir naissant.

– Oh Luigi ? Oho…tu peux aller me chercher du pain ?
La mamma penchait par dessus le balcon une poitrine généreuse et fouillait la ruelle du regard.
– Maria, ils sont partis ces petits, répondit la concierge du fond de sa cour obscure.
– Comment ça partis ?
– Oui, en Vespa.
– Mais partis où?
– Est-ce que je sais moi…
– Ah bon, tu le sais toi? Dis-le moi alors…
– Mais noooon, ils ont parlé de euuuuh con de cadenacio…
– de Concatenation ? C’est quoi ça ?
– Je ne sais pas ! Bonsoir Maria.
Et drapée dans sa dignité, la concierge referma sa fenêtre en bougonnant que lorsqu’on était sourde à ce point là , il fallait se faire soigner.


Et voilà… à quoi tient l’existence des mots …certains les inventent et d’autres
les déforment.


¢asta

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La Faute

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  Tout est de ma faute !!!

 Je le savais, que cette Chapka avec ses oreillettes pendantes
me donnait l’air d’un cocker en mal d’amour…
Mais bon, j’avais voulu à tout prix la mettre ce matin
pour aller au boulot. La météo annonçait du froid intense et
je pensais ainsi ne pas prendre de risque!
La médecine avait parlé…je respectais la médecine

 Quand j’ai deviné, derrière moi, les gémissements de
consternation de ma gardienne d’immeuble, j’ai compris
que la journée serait longue et difficile. Dans le métro,
j’avais certainement davantage l’air d’un Inuit perdu loin
de sa banquise que d’un maori extrait d’une pub. pour croisière
dans les mers du sud !

 Mon voisin de wagon faisait mine de consulter son répertoire
pour éviter d’échanger des regards en dessous, jamais très
loin de l’hilarité
Au bureau, ça risquait d’être bien pire…je rasai les murs
lamentablement jusqu’à mon local en souhaitant que nul
ne vienne constater mon allure. Peine perdue!!!

 Trois heures de bocal, trois heures à voir défiler des visages
ahuris, rigolards ou franchement hostiles.
Trois heures de quolibets où il était question du réchauffement
de la planète et des moufles incompatibles avec le clavier
d’ordinateur.

  Enfin, midi sonna au beffroi, libérant les cavalcades
dans les couloirs. Le retour « at home » me sembla
d’une lenteur inexorable. Un carrefour encore et au loin j’aperçus
le cuistot du bistrot italien où j’ai pris mes habitudes :

  » Oh Luigi, come stai ? Ces oreillons? Ca baigne ?
Il m’a installé à une table, a posé la pastasciutta devant moi
et perdu dans ma bulle de fatigue, ce repas m’a un peu apaisé.

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                                            © ¢asta

 

ALIBOUFIER

La Vraie définition du mot : ALIBOUFIER

Plat traditionnel à tajine

Plat traditionnel à tajine (Photo credit: Wikipedia)


Rencontrant son pote le génie un jour de grand ménage, notre ami Ali, le baba des quarante voleurs, lui demanda sans ménagement de lui procurer sa pitance dans le désert, car dans le désert tout est rare et vous le savez bien, tout ce qui est rare est cher.
Donc !
Voici que notre génie fournit, au milieu de nulle part mais pas à l’ombre, et avec moultes volutes de fumée jaune et verte, un plat de tajine à son ami Ali, bien content de l’aubaine sinon il aurait dû se farcir en babouches les quelques vingt kilomètres qui le séparaient de sa superette Benbouftout & Consort préférée.
Alors !
Les quarante voleurs à l’affût furent attirés par l’odeur de ce ragoût pas dégoûtant et ramenèrent leurs fioles à la vitesse du son, hurlant et moulinant leurs sabres au dessus de leurs têtes, par curiosité, par Toutatis, mais surtout pour que cessent les borborygmes géants de leurs amylases en rut, issus des fondements de leurs entrailles et soulager ainsi leurs petits estogommes , et tout le monde sait bien qu’il n’y a pas plus furibard qu’un voleur affamé !
Mais!
Ali, pas démonté, n’en cessa pas pour autant de s’empiffrer jusqu’à la dernière miette de ce mets aussi délicat qu’incongru sur une dune de sable rappelant à s’y méprendre celle du Pilat, alors que celle-ci sera surnommée plus tard la dune du plat, sous entendu de tajine!
Ce qui fit que …
Les voleurs affamés, mais démontés par les circonstances, se jetèrent à bas de leurs destriers et implorèrent la Clémence, l’Hortense et sa sœur la Prudence, ainsi qu’Ali et les cieux dans un troisième temps, afin que soient entendues leurs réclamations légitimes et gastriques!
Et ?
Ali se remit à astiquer sa lampe, sans se brûler car il ne confondait pas vessie et lanterne, tout en marmonnant au génie de bien vouloir restaurer la bande de voleurs éplorés qui déjà s’arrachaient les cheveux et ne pensaient même pas à se payer sur la bête c’est à dire à découper notre héros pour le transformer en dés de jambon.
Enfin…
Pour en finir avec la définition de ce mot alambiqué qu’est Aliboufier il faut bien comprendre que pour nos terribles voleurs il n’était point question d’oublier cet incident qui pour eux n’eût rien de pittoresque, au contraire, ils firent donc la réputation d’Ali en rapportant la situation sous les termes de : quand Ali mangea toute sa bouffe, fièrement…
Conclusion
Je ne vais pas vous refaire le coup des lettres ou syllabes disparues avec le temps qui passe, tellement vite que s’en est un malheur ma brave dame, non, les voleurs étant tous illettrés, ils s’adressèrent à un écrivain public pour rédiger le mot qui devrait rester à la postérité, et comme celui-ci était égyptien et scribe il utilisa trois symboles pour réaliser un calame à l’honneur du héros : un homme assis , un plat de tajine, et le F de fier.

© ¢asta


P.S.
A la suite de cela, tous les manches de poignards de tous les voleurs furent refondus et transformés en f sinueux et la tradition se perpétua !