Laloubella Love

 

 

 

Depuis deux semaines

on me rebat les oreilles

de ces deux mots.

Comment peut-on porter

un nom pareil ? On

dirait une publicité pour

une boite de loukoums !

« Tu vas voir… » m’ont-ils dit,

 « une beauté pareille… tu n’en

 reviendras pas ! »

Je n’en demandais pas tant .

Tel Alexandre le bienheureux

 je m’accommodais plutôt bien

de ma solitude dorée.

 Les jours succédaient aux

nuits, sans poids, en un

mouvement perpétuel,

apprivoisé, consenti,

presque amical.

La maison n’avait pas de secret

pour moi. J’entrais en fusion

 avec elle, me répandant dans

 chaque pièce

avec une indicible gourmandise.

L’idée même de partager mon

 désordre avec une compagne 

ne me tourmentait plus

depuis longtemps.

Et maintenant !

Maintenant,

voilà que tout était remis en

question.

Maintenant,

elle me faisait face .

Deux yeux, deux yeux d’un bleu

 profond,

deux yeux en amande,

deux yeux scrutateurs et

intelligents me fixaient.

C’était comme un coup de

 poing au plexus.

Dans une robe gris perle,

l’allure d’une reine de Saba,

un port de tête à la grâce

 insensée, elle se

déplaça avec l’élégance racée

 d’un félin sauvage.

Un frisson agita ma paupière et

 le temps fut suspendu.

Il chanta dans mon esprit des

mots de velours et de

soie quand elle se

pelotonna sur la méridienne

du salon.

Jusqu’à son parfum qui me fit

frémir le bas du dos.

J’arrondis instinctivement

les épaules, penaud. Je me

 sentis soudain maladroit,

lourd et

terriblement désespéré.

Comment me hisser au niveau

 de cette étoile, moi, un simple

 rejeton de banlieue ?

La belle eût tôt fait de me

laisser à mes hésitations.

Avec négligence, elle émit un

 soupir qui en dit long sur

le peu d’intérêt que

je lui inspirais.

« Oublie mon gars » pensai-je,

 « tu es en présence

d’une idole à vénérer, rien d’autre ! »

C’est alors que la rage

 commença à monter en moi,

avec une douloureuse 

lucidité.

 Non… je refusai cette

évidence…Impossible !

Insupportable idée…

Inaccessible à mes désirs,

lointaine et méprisante,

j’imaginai cette

Laloubella chose…

me supplantant dans le cœur 

et la vie de ma maîtresse !

Alors je me pris à courir, droit

 devant moi,

aveuglé par l’émotion.

D’un bond, je meurtris 

consciencieusement le cuir du

grand canapé du salon,

en crachant de colère,

toutes griffes

dehors.

¢αѕтα

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